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Élections dans l’État espagnol : la victoire du PSOE ne règle rien

Crédit Photo : DR.

Le Parti socialiste ouvrier (!) espagnol apparaît comme le net vainqueur des élections de dimanche. Avec 7, 5 millions de voix (29%) et 123 députés (sur 350), il récupère la place de premier parti au congrès des députés. Il devance très nettement le parti traditionnel de la Droite espagnole, le PP qui s’effondre et perd plus de la moitié de ses élus (17% et 66 députés). Ciudadanos, l’autre parti de droite augmente bien son score et avec 16% des voix et 57 députés, mais ne parvient pas à dépasser le PP et ne peut prétendre à former une majorité de droite. À gauche, Podemos et ses alliés, avec 15% et 42 députés, sont loin de retrouver leurs scores des précédentes élections. Le nouveau venu d’extrême-droite, Vox, fait son entrée au Parlement avec 10% des voix et 24 députés. Il n’y a donc de majorité absolue possible, ni pour le « bloc » de gauche, ni pour le « bloc » de droite. Les tractations de couloirs avec tous les autres partis, notamment les nationalistes du Pays Basque et de Catalogne, ont commencé.

Radicalisation à droite

Un facteur conjoncturel, Vox et un autre facteur, bien plus structurel, à savoir la crise institutionnelle, ont été déterminants dans ces élections.

Le facteur conjoncturel a été l’émergence, lors des élections de la communauté autonome en Andalousie, à l’automne dernier, de Vox, le parti pro-Franquiste, ultra réactionnaire sur tous les sujets. Ce succès a amené les partis de droite, le PP et Ciudadanos, non seulement à signer en Andalousie un pacte de gouvernement avec Vox mais, au-delà, à radicaliser leur discours (ultra-nationaliste, anti-immigréEs, etc.) et à admettre, plus ou moins clairement, la possibilité d’un pacte similaire à l’échelle du gouvernement espagnol. Cette radicalisation de toute la droite a provoqué en retour un réflexe de peur et de « vote utile » dans de très larges couches de la société espagnole. Réflexe qui s’est traduit par une très forte participation (plus de 75%, près de 10% de plus qu’aux précédentes élections) et un report sur le PSOE de voix d’électeurEs de gauche qui, les fois précédentes, s’étaient abstenus ou avaient voté Podemos.

Crise du régime

Le facteur structurel reste la crise du régime mis en place pour assurer la transition « post-Franquiste ». Le compromis de la constitution de 1978, sur la base d’un certain degré d’autonomie des nations et régions de l’État espagnol, combiné au maintien de structures centralisées, monarchiques, et d’un arsenal répressif conséquent, a fonctionné pendant des dizaines d’années avec un bipartisme gouvernemental où PP et PSOE alternaient au pouvoir avec des majorités conséquentes. Ce régime avait déjà subi une terrible secousse avec les immenses mouvements à la suite de la vague d’occupation des places en 2011, dont l’émergence de Podemos, et ensuite de Ciudadanos, avaient été l’une des conséquences. La bataille du référendum catalan de l’automne 2017 a mis en lumière son incapacité à régler les problèmes du pays, et a révélé des fractures profondes dans la société.

Tant que ce régime de 1978 subsiste, l’instabilité est installée pour longtemps dans l’État espagnol. Même un gouvernement PSOE-Ciudadanos, que réclament les médias et la plupart des élites espagnoles et qu’hésitent à oser l’un et l’autre, ne suffirait pas à la rétablir. Ils sont incapables de répondre aux crises économiques, passées et à venir, pas plus qu’à celle de la question catalane. Le plus probable est que le PSOE va tenter l’investiture en gouvernement minoritaire, en attendant les résultats des élections européennes, de celles des communautés autonomes et des municipales, qui auront toutes lieu simultanément le 26 mai prochain. Histoire de garder deux fers au feu.

Panne de perspective à gauche

Le problème pour les travailleurEs et les couches populaires est que, de leur côté, la seule perspective « à gauche » est celle mise en avant par la direction de Podemos : un gouvernement de gauche sous la direction du PSOE. Vieille recette dont toutes les expériences en Europe nous montrent qu’elle ne donne que d’amers résultats. Perspective tellement éloignée de celle des mouvements de 2011-2012 et même de celle que Podemos traçait à ses débuts : en finir avec le régime de 1978, reconnaître les droits nationaux des peuples d’Espagne, construire par en bas une « hégémonie populaire », abattre le pouvoir des banques et de « la caste »…

Il faut espérer que les acteurEs de ces mouvements, celles et ceux qui les ont construits et faits vivre à la base, parviendront à récupérer ces objectifs, et à de nouveau en faire une perspective de lutte.

Fabrice Thomas

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Mis à jour le vendredi 23 août 2019