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Grèce : des centaines de réfugiéEs noyés aux portes de l’Europe forteresse

A. Sartzekis

Quelques jours après le terrible naufrage au sud-ouest de la Grèce, dont le bilan — au moins 78 morts, des centaines de disparuEs et 104 rescapéEs — ne sera peut-être jamais établi, une hypothèse s’est ajoutée à l’horreur : le drame pourrait être survenu par le fait que les garde-côtes grecs auraient tiré le bateau de réfugiéeEs vers le large pour éviter qu’il accoste en Grèce.

Sans réponse en fin de semaine dernière, la question se justifie quand on connaît les pratiques interdites, et niées par le ministre de l’Immigration Mitarakis, de refoulement des réfugiéEs s’approchant des côtes.

Mitsotakis, soldat zélé de la forteresse UE

Dans tous les cas, la version officielle provoque une large indignation : les autorités maritimes ont demandé au navire repéré s’il avait besoin d’aide, on leur aurait répondu non, et il n’y avait donc aucune raison d’intervenir, et cela devant le spectacle d’un vieux bateau de pêche surchargé transportant depuis la Libye autour de 750 passagerEs sans gilets de sauvetage. Cette pseudo-justification a été répandue sans vergogne par la droite grecque. L’émotion et la colère populaires se sont traduites par de fortes manifestations vendredi dernier dans le pays, avec entre autres 10 000 personnes à Athènes à l’appel du KKE et de la gauche radicale et anticapitaliste, ce qui empêchera peut-être que soit étouffée l’enquête comme sait le faire Mitsotakis. Pour l’heure, le gouvernement a proclamé trois jours de deuil, hypocrisie insupportable pour beaucoup.

Comme le rappelle au journal Ef Syn le sauveteur solidaire Iasonas Apostolopoulos, les autorités grecques font tout pour dissuader les bateaux de réfugiéEs, et ne procèdent à des sauvetages que lorsqu’un bateau a coulé. Politique criminelle dont Frontex, agence européenne de garde-frontières, est complice, car c’est celle voulue par l’UE : une Europe forteresse fermée aux réfugiéEs par tous les moyens. Depuis début 2023, plus de 1 300 migrantEs tentant le passage en Europe sont morts ou disparus, et face à cette tragédie, la bourgeoisie européenne multiplie les textes anti-immigration.

Climat raciste et nationaliste

La droite grecque est un parfait agent de cette politique raciste de l’UE. Pendant ses quatre années au pouvoir, Mitsotakis a développé une politique anti-immigréEs et anti-réfugiéEs, pas contestée sur le fond par la gauche réformiste : réfugiéEs parqués et/ou laissés à leur triste sort, refoulements meurtriers en mer, construction d’un mur sur la frontière terrestre avec la Turquie. La période électorale a intensifié ce climat puant de racisme et de nationalisme : clins d’œil aux fascistes, photos martiales devant le mur anti-réfugiéEs et, depuis 10 jours, propagandes anti-turque et anti-Syriza (associées !) après que la population du département de Rhodope, d’origine turque ou rom, a voté en majorité pour Syriza le 21 mai (seul département où c’est le cas). Il faut entendre Dora Bakoyannis, ancienne ministre des Affaires étrangères et sœur de Mitsotakis, s’adresser aux habitantEs : « Je dois dire que vous m’avez déçue. […] Au lieu de voter pour la Nouvelle Démocratie, vous avez voté Syriza. […] À Athènes, tous ne sont pas comme moi, qui aime la minorité que vous constituez. […] Si vous ne nous soutenez pas, les choses vont devenir plus difficiles. » Ce discours de colonialiste 19e siècle renforce et l’urgence de chasser la droite grecque (donnée favorite pour le 25 juin) et l’importance d’une mobilisation européenne contre la criminelle politique raciste de la bourgeoisie.

À Athènes

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Mis à jour le dimanche 24 mars 2024